Souveraineté alimentaire : réalité ou utopie ?

La souveraineté alimentaire est le « droit des peuples à une alimentation saine et culturellement appropriée, produite avec des méthodes durables et le droit des peuples de définir leurs propres systèmes agricoles et alimentaires ». En clair, savoir d’où vient ce que l’on mange, quelles sont les conditions de production, tant sociales qu’environnementales et pourvoir agir sur son mode de consommation. 

Quand les campagnes locales nourrissaient les peuples

 

Les sociétés agraires à l’épreuve de l’industrialisation 

L’histoire de l’agriculture remonte à l’origine des peuples. Si nos lointains ancêtres étaient des chasseurs-cueilleurs, ils ont rapidement appris à domestiquer la nature environnante pour révéler ses potentiels et diversifier leur alimentation. Depuis l’Antiquité et jusqu’au début de l’ère industrielle, les sociétés étaient agraires, car se nourrir est un besoin vital. Rôle économique mais aussi social et environnemental, l’agriculture locale contribuait à l’alimentation des peuples, l’entretien des paysages, la régulation des populations animales. Le 18ème et 19ème siècle ont révolutionné le système établi depuis des millénaires, pour introduire une notion nouvelle : la mondialisation. Alors, oui nos sociétés se sont spécialisées et ont organisé la production standardisée et en volumes, pour aboutir à un grand marché agricole mondialisé. Qui a été décuplé au sortir des grandes guerres du 20ème siècle, car il fallait produire beaucoup, au détriment du reste. 

 

Le monde est un village 

Et c’est grisant de penser que l’on peut disposer de toute nourriture, selon ses goûts, ses besoins en faisant fi des saisons et des conditions de production. Il y a comme une toute puissance de l’Homme sur la nature, qui donne le vertige. Mais cette réalité est finalement une illusion, quand on sait dans quelles conditions sociales et environnementales sont produits certains aliments de grande consommation : huile de palme, sauce tomate … et à quel prix pour la planète. 

La conscience des peuples a permis de réguler ce marché international, en pratiquant des politiques agricoles par pays ou continent, en développant des labels ou autres certifications environnementales et équitables pour donner un peu de lisibilité au consommateur final. 

 

Et si manger mieux était un acte de liberté ? 

Avec des importations qui ont doublé depuis l’an 2000, la France est sous une dépendance alimentaire croissante. La relocalisation des filières est devenue un enjeu majeur en ce début du 21ème siècle, confirmé par la crise sanitaire actuelle. La gouvernance alimentaire fait donc partie de la feuille de route du Gouvernement pour s’affranchir des puissances mondiales et gagner en autonomie. La souveraineté alimentaire, une nécessité et une équation complexe.  

Quelles pistes pour y parvenir ?  

 

Un équilibre mondial complexe à trouver

Si les puissants de ce monde, Union Européenne en tête, revoient leur stratégie dans le cadre de la Politique Agricole Commune, c’est pour avoir des effets de leviers puissants : baisse de 50 % de l’usage des pesticides, 25 % de surfaces bio à l’horizon 2030, relocalisation des filières, transparence sur la chaîne de valeurs, du producteur au consommateur. 

Cependant, les appels d’offres ne peuvent favoriser le local pour les cantines sous gestion publique. Il faut jouer sur des critères de fraîcheur, de calibre, augmenter les prix d’achat pour favoriser les filières courtes et locales. Les traités internationaux de libre échange ou l’harmonisation des normes européennes sont des freins puissants, qui vont faire couler encore beaucoup d’encre. 

Et tout n’est pas si simple. Quand 700 millions de personnes dans le monde souffrent de malnutrition et près de 2 milliards sont en surpoids dont 650 millions obèses !  

 

La notion d’échelle est essentielle 

A l’échelle française, les leviers pour réguler le marché agricole, en qualité et en quantité sont clairement identifiés : prix du foncier, accès à l’eau, formation des jeunes, valorisation des productions, durabilité des pratiques, renouvellement des sols et transparence auprès des consommateurs. Autant de sujets inscrits au cœur de la Loi EGALIM voté en octobre 2018. Si l’équilibre d’un pays passe par la régulation nationale et ses liens avec les autres pays au niveau mondial, il y a fort à parier que les échelles infra-territoriales sont aussi essentielles. La diversité de nos régions démontre bien que l’on ne produit pas tout, n’importe où. Il est donc vital de construire des équilibres locaux, de réfléchir la souveraineté alimentaire, dans les bassins de vie, pour rapprocher production et consommation. 

 

Les territoires au coeur du dispositif français 

Les projets alimentaires territoriaux (PAT) ont pour objectif de relocaliser l’agriculture et l’alimentation dans les territoires en soutenant l’installation d’agriculteurs et en favorisant les circuits de commercialisation. Elaborés de manière collective à l’initiative des acteurs d’un territoire (collectivités, entreprises agricoles et agroalimentaires, artisans, citoyens etc.), ils peuvent être un outil clé pour la résilience alimentaire. Où chacun comprend et s’approprie les besoins et les contraintes des autres, pour construire un consensus local. Et les initiatives se multiplient : Haut-Languedoc, Bouches-du-Rhône, Toulouse Métropole, Pays de Lorient, Dijon, Besançon, Mayotte, Saint-Pierre-et-Miquelon… pour ne citer qu’elles ! Plus de 70 démarches sont bien avancés et couvrent des champs aussi variés que la nutrition, l’économie locale, l’aménagement du territoire, la justice alimentaire, la coopération territoriale, le gaspillage ou les bonnes pratiques agricoles. Pour définir un plan d’actions sur-mesure avec toutes les parties prenantes. 

De l’attractivité du métier d’agriculteur

Un point fait cependant consensus dans ce débat : l’attractivité du métier d’agriculteur. Pour attirer les jeunes, il faut revaloriser le métier, augmenter les revenus et protéger (voire sacraliser) les terres agricoles. Sans foncier pas d’installation, sans revenu décent, pas de renouvellement de génération dans les décennies à venir. En France, l’agriculture et l’alimentation représentaient 12 % de l’emploi en 1980, contre 5,5 % aujourd’hui. Le défi est de taille, pour donner une autre image de l’agriculture et accompagner les mutations du secteur.

De producteur dans les générations précédentes, l’agriculteur moderne sera aussi un transformateur, un commerçant et son propre commercial. Surtout si les circuits courts se développent, d’autres métiers s’ajoutent inévitablement aux compétences à acquérir pour piloter des exploitations viables, rentables et durables.

Une aventure passionnante, qui doit s’écrire avec les principaux intéressés, soutenus par des consommateurs avertis qui peuvent influer sur l’équilibre, au moins local, en choisissant leur modèle d’alimentation.

 

Auteur : Anne-Cécile Audra

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Sources : 

Définition de la souveraineté alimentaire : https://viacampesina.org/fr/ 

Balance commerciale agricole française et souveraineté alimentairehttps://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/271841-balance-commerciale-agroalimentaire-francaise-un-excedent-menace

La malnutrition dans le monde – Rapport ONU : https://www.who.int/fr/news/item/13-07-2020-as-more-go-hungry-and-malnutrition-persists-achieving-zero-hunger-by-2030-in-doubt-un-report-warns

Chiffres de l’obésité – Rapport ONUhttps://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/obesity-and-overweight 

Comment nourrir 9 milliards d’êtres humains sans détruire la planète ?https://www.lemonde.fr/planete/article/2011/10/14/comment-nourrir-9-milliards-d-humains-sans-detruire-la-planete_5982018_3244.html

LOI EGALIM : Loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine et durable : https://agriculture.gouv.fr/infographie-la-loi-agriculture-et-alimentation 

Qu’est ce qu’un Projet Alimentaire Territorial ?https://agriculture.gouv.fr/quest-ce-quun-projet-alimentaire-territorial 

Les initiatives se multiplienthttps://rnpat.fr/projets-alimentaires-territoriaux-pat/presentation-banque-pat/carte-interactive/