Le Bio et vous

Vous entendez fréquemment parler de bio. Mais savez-vous réellement ce que cela suppose ? Nous vous proposons de démystifier un peu tout ça.

Faisons un bond dans l’histoire.

 

Il faut remonter au début de notre civilisation (eh oui !), quand l’homme principalement cueilleur s’est mis à conserver des graines en vue de sa sédentarisation. Peu à peu, il s’est donc mis à semer tout autour de son campement en veillant à réserver une partie de ses cultures pour des réserves ou ses semences ultérieures. On pourrait donc dire que l’homme aux confins de la civilisation cultivait bio.

Mais alors, que s’est-il passé ? Remontons au milieu du XIXème siècle où un certain Monsieur Liebig1, qui par la loi du minimum, s’est mis à suggérer l’idée d’une compensation par des engrais minéraux des fertilisants manquants. Les rendements obtenus étaient alors jusqu’à six fois supérieurs. Les agriculteurs se sont donc mis progressivement à recourir à l’utilisation d’engrais et pesticides de synthèse, dans des doses de plus en plus fortes : les sols demandant toujours plus de ressources et les « mauvaises herbes » chassées devenant de plus en plus résistantes.

Le bio est dès lors né au début du XXème siècle d’une réaction européenne forte à cette agriculture moderne et productiviste, telle qu’ayant court encore aujourd’hui. On doit le mouvement à trois personnes principalement : Rudolf Steiner (1861-1925, intellectuel autrichien puis suisse inventeur de l’agriculture biodynamique), Albert Howard (1873-1947, agronome et botaniste anglais) et Lady Eve Balfour (1898-1990, essayiste et conférencière anglaise). Les débuts en France à contrario se font plus tardifs. Il faudra attendre 1961 pour que l’association française pour l’agriculture biologique voie le jour. Cependant, aucune garantie n’est donnée à l’époque quant à l’appellation.

Comment dès lors reconnaître un produit bio ?

 

Il faudra attendre 1985 pour que le label AB soit créé en France. Cependant, ce n’est qu’en 1992 pour l’Europe et 1993 pour la France que des laboratoires indépendants sont nommés pour attester du respect des normes. Pour mieux comprendre ce que cela suppose, c’est au règlement (CE) n° 834/2007 du Conseil du 28 juin 2007 relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques qu’il faut se référer.

Celui-ci indique, pour le dire très très succinctement, que ce sont des marchandises produites dans le strict respect du vivant. Actuellement, deux labels principaux coexistent : le label français (AB) et le label européen (euro-feuille). Bien que leurs cahiers des charges soient alignés depuis 2009, il n’est pas exclu que le label AB évolue de manière à assurer une meilleure traçabilité des produits, c’est du moins ce que préconise le CESE2 en 2018.

Si vous désirez en savoir davantage sur les certifications existantes, nous vous proposons de lire l’article qui leur est consacré.

 

1 – 1803-1873, chimiste allemand fondateur de l’agriculture industrielle, on connaît de lui le cube de bouillon (extrait de viande). Il a également été à l’origine des premières farines animales, du lait infantile et de la levure chimique.
2 – Conseil économique social et environnemental

Et parce qu’un petit dessin vaut généralement mieux qu’un long discours, voici un petit résumé proposé par le site bioalaune.com

Dès lors, le terme bio est-il un gage de qualité ?

 

Bien que les terminologies « bio », « biologique » ou encore « issu de l’agriculture biologique » soient protégées, d’autres ne le sont pas. Aussi, il arrive fréquemment qu’on puisse lire sur des produits des dénominations telles que « respectueux de l’environnement », « naturel », « écologique », « éco- responsable », « fermier », « tradition », « à l’ancienne », « 100% végétal », etc. Or, ils sont généralement employés abusivement en vue de tromper le consommateur. Une règle à retenir : pas de label, pas de « garantie ». L’industriel, lui, ne va pas hésiter à jouer sur les mots pour vous faire acheter son produit.

Il est donc important, si vous voulez manger du bio, d’acheter des produits certifiés ; soit un produit qui soit passé par toutes les phases de contrôle requises pour bénéficier de l’appellation.

Oui, mais alors, le bio de grandes surfaces ? C’est là que le bât blesse. Bien que les producteurs soient certifiés et donc soumis à un cahier des charges stricts (pour rappel la certification est obtenue par des laboratoires indépendants), certains industriels ont recourt à une agriculture bio dite intensive. En effet, le règlement ne stipule pas l’usage qui doit être fait de l’eau et les systèmes d’irrigation qui doivent être mis en place, la lutte contre l’érosion qui doit être faite, de la même manière que le type de cueillette qui doit être organisée. Aussi, on assiste aussi à un épuisement très rapide des sols bien que compensés par des quantités de plus en plus importantes de fumier pour les nourrir. D’un point de vue perceptif, cela se note par une diminution forte des qualités organoleptiques des produits (produits moins goûteux, pommes farineuses, etc.). Dans un autre registre, il est très difficile d’obtenir une traçabilité précise de ces produits : pour les produits transformés dont les ingrédients sont issus de plusieurs pays, seules les mentions UE/NON UE sont obligatoires. En outre, contrairement aux producteurs locaux et aux coopératives qui s’assurent eux-mêmes d’obtenir leurs certifications, les grandes surfaces achètent des produits déjà certifiés qu’elles font étiqueter à leur enseigne. Autrement dit, pour prendre de plus en plus de parts sur le marché du bio, les grandes enseignes font la part belle aux quantités et aux petits prix au détriment bien trop souvent de la qualité du produit. Il n’est donc pas exclu d’acheter du bio labellisé produit à l’autre bout du globe pour un prix moindre que ce qui vous sera proposé chez votre producteur ou commerçant local. A l’autre bout de globe ? Effectivement, un autre biais de la certification européenne est qu’elle ne prend pas en compte le bilan carbone du produit.

Pour résumer, le label eurofeuille vous promet un produit sans pesticides et engrais chimiques, mais ne s’engage pas sur l’aspect éthique et qualitatif du produit. Il est donc important, pour manger de bons produits, de se rapprocher des acteurs locaux ou des coopératives qui s’engagent en leur nom dans le choix des produits : bios ou non.

En dehors du bio, y a-t-il des types de production auxquels je peux me fier ?

 

Bien évidemment, en raison des coûts qu’elles supposent, les certifications bio ne sont pas à la portée de tous. Aussi, il y a de nombreux agriculteurs qui, bien que n’utilisant aucun engrais ou pesticides chimiques, ne sont pas certifiés et peut-être ne le seront jamais : tout en ayant des pratiques très respectueuses de leurs terres et de notre santé.

Il existe par ailleurs des techniques comme l’agroécologie ou la permaculture qui permettent une culture raisonnée et en réel partenariat avec la nature.

 

En outre, pour pouvoir bénéficier d’une accréditation leur permettant de vendre des produits certifiés biologiques, les agriculteurs doivent observer une période transitoire de deux à trois ans. C’est en effet le temps minimal requis pour nettoyer leurs terres des substances chimiques qu’elles contiennent éventuellement.

Pour conclure.

 

Il ne faut donc pas hésiter à aller à la rencontre de producteurs de votre région, car même s’ils ne sont pas nécessairement agréés bio, peut-être ont-ils des pratiques totalement respectueuses de leur environnement. En outre, il est fort à parier que ceux-ci seront ravis de partager avec vous leur amour des terres.

Sources :
–  Bio le vrai du faux, Claude-Marie Vadrot, Delarchaux et Niestlé, Paris 2013.
–  La Revue du Vin de France, Poursuit sa progression, 27 août 2020, Jérôme Baudouin.
–  https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32007R0834&from=FR
(consulté début septembre 2020)
–  https://fr.wikipedia.org/wiki/Justus_von_Liebig (consulté début septembre 2020)