Revenir au blog

Du conventionnel au naturel : quelle réalité pour les agriculteurs ?

Écrit le . Posté dans Histoires de producteurs.
Du conventionnel au naturel : quelle réalité pour les agriculteurs ?

Entretien avec Stéphane Long de l’Oliveraie du Coudon à La Valette-du-Var.

Dans le meilleur des mondes, aucun produit chimique, une production agricole locale et suffisante, la plus respectueuse possible de l’environnement. Entre mythe et réalité, quelles sont les conditions de production, les bénéfices et les freins à ce retour à plus de naturalité ?

Nous avons posé la question à l’un de nos producteurs, Stéphane Long, installé à La Valette-du-Var et cultivant en Protection Biologique Intégrée. Pour comprendre ses choix et ses contraintes. De la réalité du rendement à l’engagement militant, entretien inspirant sur un métier et une passion. 

Avez-vous toujours été maraicher ?

Cela fait 30 ans que je suis oléiculteur. Je cultive une oliveraie sur les pentes du Coudon, à l’Est de Toulon. Je transforme mes olives en huile bien sûr, pour faire des olives de table mais aussi en tapenade, olivade et tout type de produits transformés à base d’olives. Il y a 8 ans, je me suis lancé dans la culture de fruits et légumes locaux et de saison. Des fraises, abricots, pêches plates, nectarines et des agrumes aussi pour les fruits. Des courgettes, tomates, aubergines, artichauts, poivrons, fèves, salades … pour les légumes. Mon oliveraie fait 3 ha et je cultive mes légumes sous serre pour prolonger la récolte à l’automne ou arriver en primeur au début du printemps. Avec le climat méditerranéen et bien exposé sur la roche calcaire de la montagne, je ne connais pas le gel, ou presque. Je vends en direct ma production, sur le point de vente ou sous forme de paniers. Ce sont surtout des particuliers, des familles, des adeptes de l’agriculture locale et quelques restaurateurs engagés qui viennent chez moi. Parfois, quand j’ai des surplus, les supermarchés locaux qui développent leur rayon local, s’approvisionnent aussi chez moi. Grâce à l’Oliveraie du Coudon et quelques producteurs amis et voisins, on mutualise notre production, pour avoir une belle gamme bien diversifiée. L’un fait les carottes, l’autre les courgettes. Chacun maitrise des cultures différentes ou disposent d’équipements spécifiques pour récolter, trier, laver et emballer. C’est une affaire d’équipe !

Pourquoi ce choix ?

C’est essentiel de bien manger. Ce n’est pas le béton qui fera pousser nos fruits et nos légumes. La terre agricole, c’est notre richesse, ne pas la dégrader pour avoir demain de quoi encore produire notre alimentation est central. Sinon on devient dépendant des autres régions de France, où la gamme n’est pas forcément méditerranéenne. Ou alors, il faut compter sur les pays du Sud de l’Europe. Et là c’est dangereux, on perd notre autonomie et on bascule vers une dépendance de pays étrangers, où les pratiques ne sont pas toujours les mêmes, ni en matière sociale, ni en matière environnementale. Moi mon métier, j’y tiens, même si c’est dur, surtout quand le foncier est très cher, peu disponible et soumis à une spéculation grandissante, surtout dans les périphéries des grandes villes.

(N.D.L.R. : La Valette-du-Var se situe dans la métropole toulonnaise, il ne reste sur la commune que 3 agriculteurs – un éleveur caprin, un apiculteur et Stéphane Long, oléiculteur-maraicher).

Pourquoi avoir choisi la Protection Biologique Intégrée ? Quelles différences avec l’Agriculture Biologique ?

Il faut savoir que pour passer en Agriculture Biologique, cela dépend de la nature de vos terres, de l’historique des cultures, des éventuels déchets ou pollutions résiduelles. Et ça vous ne le savez pas forcément quand vous achetez ou que vous louez. En général, il faut 3 ans pour espérer convertir vos terres en bio. Mais ça peut être plus, 5 ans c’est fréquent.  Du coup, même si vous avez des pratiques respectueuses, vous ne pouvez pas commercialiser vos produits sous le label. Moi je suis en conversion en bio actuellement. Mais je n’ai pas attendu pour me tourner vers des moyens de lutte biologiques quand j’ai des ravageurs sur mes cultures. Je fais appel aux insectes auxiliaires de culture (vous savez les coccinelles, par exemple). Et il y en a presque autant que d’insectes ravageurs, selon la culture, la saison, le climat. Je suis accompagnée pour cela par une société de conseil, qui assure le suivi de mes parcelles et me donne des indications régulièrement. Je leur fais confiance, c’est un équilibre fragile, ça suppose de bien connaitre la nature, les insectes, leur cycle de vie etc. Et j’ai des résultats. Donc je continue.

Et les rendements ? La rentabilité économique ?

C’est aussi bien plus économique que de mettre des produits phytosanitaires, quand on sait que le moindre bidon coute quelques centaines d’euros. Donc je m’y retrouve pour l’instant. Même si je n’ai pas fait un calcul scientifique et que je ne compte pas mes heures. La qualité de mes produits est au rendez-vous, je gère ma production et sort des volumes satisfaisants. Mais il n’y a pas de science exacte, de formule magique. Une année, je peux avoir une attaque grave sur toute une culture et même mon conseiller me diras de traiter en curatif. Ce qu’il faut c’est être attentif, car les pratiques biologiques sont basées sur l’observation et la prévention. Moi j’arrive à maitriser les choses aussi parce que je produis sous serre donc dans un milieu protégé. Mais si vous loupez quelque chose, vous serez obligés de traiter. Tout peut bien se passer une année, et la suivante, sur la même culture, vous y arrivez moins bien. Avec la nature, il faut expérimenter, tester, se tromper et faire des choix.

Par exemple si j’ai un problème de maladie en fin de culture, que cela attaque simplement la qualité esthétique de mes légumes, je les transforme en coulis. L’année dernière, j’ai eu énormément d’abricots. J’en ai transformé une partie en confiture. Cela compensera une petite année, j’aurai quand même des produits à l’abricot, puisqu’une fois transformées mes confitures se conservent jusqu’à 3 ans.

Je ne suis pas sure qu’il y ait des résultats si évidents sur les baisses de rendement en bio. C’est tellement fluctuant, selon l’année, la culture, le climat. Il faut compter l’économie sur les produits phytosanitaires, un peu plus de main d’œuvre c’est vrai, mais d’un autre côté vous valoriser mieux. Moi j’ai opté pour la vente directe et la diversification en transformant moi-même. J’ai moins de pertes. Et c’est aussi une source de revenus complémentaires.

Quels sont vos besoins ? vos difficultés aujourd’hui ?

Le principal problème c’est de trouver des terrains de qualité sur lesquels s’installer durablement. Et dans un département comme le Var, si on veut rester sur le littoral pour le climat et la clientèle, ça devient très, très compliqué. Tous les propriétaires fonciers attendent que ça passe en constructible. C’est surtout sur ce point que j’ai des inquiétudes. Après il faut aussi tout faire, produire, transformer, préparer les commandes, les livrer. Les journées sont bien remplies. Et puis, il faut être visible, et c’est vrai que l’inscription sur GRINOLOCO me donne l’espoir d’augmenter ma clientèle. Notamment celle qui n’a pas toujours le temps de faire ses courses et préfère passer au drive. C’est en cela que le système est astucieux. Impliquer le consommateur dans la livraison, c’est toujours une économie de temps pour nous producteurs.

Que conseilleriez-vous à un jeune qui s’installe en maraichage en 2021 ?

Être motivé et trouver des terrains. Sinon, c’est perdu d’avance. Le reste ça viendra avec l’expérience.

Auteur : Anne-Cécile Audra

 

Vous êtes producteur et vous souhaitez vendre vos produits depuis notre plateforme? Cliquez ici.

Rencontre avec Pierre Vachier producteur au Pradet dans le Var. Découvrez notre article ici.

 

Oliveraie du Coudon www.oliveraieducoudon.com

Stéphane LONG

1620 Avenue Amiral Orosco 83160 La Valette-du-Var

|   06 43 09 52 20   |  oliveraieducoudon@gmail.com